Madame Angot,


Je ne dis pas que vous avez tort mais je ne dis pas que vous avez raison, non plus... Un artiste, c’est un musicien, un peintre, un sculpteur, un comédien, un dessinateur, un chanteur... un boucher ? Souvenez de la campagne : Mon boucher est un artiste !
Chez nous dans les campagnes les paysans disent : Ah, quel artiste ! pour un type un peu barré, différent, demeuré. C’est ça votre truc ?

Votre théorie est une vision de bourgeoise du XIX e siècle, dans une famille bourgeoise de cette époque, le fils médecin avait réussi, le fils prêtre ou la fille bonne sœur étaient offerts à Dieu, on en donnait aussi un à la Patrie, il était capitaine de cavalerie… et le fils artiste était le raté. C’est ça votre truc ?

Moi, tout petit, j'aimais faire rire et dessiner et en première, je me suis mis inconsciemment en échec scolaire, j'ai choisi involontairement le Plan B. Là vous avez raison !
Orientation vers les Art Déco de Grenoble puis les Beaux Arts de Paris. J'ai fait du dessin mon métier, l'administration fiscale m'a étiqueté : artiste libre. Ma caisse de sécu s'appelle La Maison des Artistes. Je suis, au moins administrativement, un artiste.

Si j'avais choisi le Plan A je serai devenu prof de dessin de collège et je me serais fait chier à apprendre la perspective, le canon grec, la complémentarité des couleurs à des merdeuses comme vous qui se seraient emmerdées à mourir. Ou j’aurais été architecte et j'aurais construit, la mort dans l'âme, des maisons pour des chieuses au gout de chiotte comme vous.

Le Plan B, c'est pas facile, il faut bosser, solliciter, se bouger, se reconvertir sans cesse. Illustrateur, j'ai eu des succès de librairie surpassant les vôtres, dessinateur de presse et d'humour mes dessins ont fait le tour du monde.


Votre théorie sur le Plan B et l’échec de l’artiste est une sottise. Je me fous pas mal de vos excuses. Mais en attendant acceptez que je vous traite de pauvre folle.

Pierre Ballouhey